anthologie de la la poésie féminine ! ?

Avant-Propos à ma contribution à cette anthologie.

Poésie féminine ! ?  Comment cela peut-il faire sens ?
Il n’y a pas de poésie masculine que je sache ?

Tout acte créatif est un acte érotique et Éros n'a pas de genre, il les a tous. …

Je suis femme et j’écris. Mon sexe n’est qu’une des mille composantes qui font que ma poésie naît.

Aussi n’ai-je accepté de figurer dans cette anthologie qu’à la condition de pouvoir questionner la notion même de poésie féminine, aussi étrange à concevoir que le mot poétesse à entendre !

Face à la puissance de l’expérience poétique, l’idée d’une catégorie poésie féminine  me hérisse.

Je ne m’y retrouve pas.

L’adjectif sonne comme un tiroir qu’on ferme.

Sexiste - vu comme raciste - déterministe avant tout geste, pouvoir séparant, affirmation d’une spécialité-femme comme un masque dont on nous affublerait.

Un masque qui insiste de façon récurrente, passéiste, enfermante, un masque contre lequel nous ne pouvons que nous révolter. Violemment, profondément.

Pourquoi ?

C’est l’évidence : l’histoire politique et sociale des femmes fut celle de l’ignorance et de la servitude, du mépris et de la discrimination, au pire, de l’enfermement.

Elle est lourde et longue et court toujours.

Les femmes comme catégorie, une notion directement issue de cette histoire.

Ce serait s’aveugler que vouloir ignorer d’où l’on vient, si l’on ne sait fort heureusement pas où l’on va, et à peine où l’on est…

C’est pour cela que nous autres filles refusons (parfois farouchement) d'être réduites à cette fémininité là. Par nécessité de résistance à cette histoire là, à cet ostracisme là, par refus d'être ou d’avoir été conidérées comme des sous-êtres : civilement irresponsables, enjeux de guerre, de possession, d’honneur (???), de puissance sociale, chasses gardées des familles, monnaie d’échange, objets de convoitise ou d’insultes, supports de publicité, sorte de marchandise humaine aussi désirée que honnie.

Refuser ce féminin là comme ennemi intérieur est une révolte vitale contre un état qui nous rongerait si on le laissait faire, un combat pour forcer le respect, pour sortir la tête de l'eau, dévoiler nos visages, nos corps, nos sensibilités, notre intelligence, à notre façon et en toute liberté.

L’histoire politique et sociale des femmes est devenue l’histoire d’un combat.

En toute autonomie et, s’il le faut, en toute solitude.

Et c’est rude.

« J'étais partie,/ J'avais disparu / Le vertige me tissait un espace d'enfance/ - hors de portée des champs de tir - / où bougeait doucement une femme / inconnue »

*in  « Vertige de l’Écart »,  emmanuelle k. Éditions de La Différence, Paris 2008.

Effondrement silencieux, réparation impossible jusqu’à la rupture violente brutale vitale.

Exil, perte de tout repère par abandon d’un monde dans lequel on refuse d’exister.

Se reconstruire comme sujet libre, autonome, mauvaise fille mais amoureuse, aventureuse, désirante, c’est une épreuve, un dépassement, une initiation.

Par la découverte de ma liberté d’être, du sens de ce qu’elle me dit, de ce qu’elle me fait faire, je me déchiffre, je prends ma vie à plein cœur, à pleines mains, à plein corps..

Si l’écriture surgit alors, c’est qu’« écrire c’est brûler vif, mais c’est aussi renaître de ses cendres » dit Blaise Cendrars.
* in « Doisneau rencontre Cendrars », Buchet Chastel, Paris 2006.

L'écriture comme trace de l’incendie, traversée du miroir, mort-naissance, là où il n'existe plus d’identité, de genres, de masques, mais une expérience humaine.

Là où tout simplement on existe.

On y brûle toute catégorie, on renaît au-delà.

Cette expérience me semble universelle, ni féminine ni masculine, elle existe partout où il y a un être en aventure, partout où il y a mise en accusation de cet être par ceux qui l’entourent, partout où la révolte transforme des réalités aliénantes, fait reculer l’arbitraire, partout où l’imaginaire  féconde l’espace d’une liberté à découvrir.

Dans un tel voyage être femme ne rajoute rien à l’écriture elle-même, ni ne retranche rien.

C’est en sujet de ma propre expérience que j’écris, c’est l'éros en moi qui agit et – je me répète - l’éros n'a pas de genre, il les a tous.

Je suis tout à la fois virile et féminine c’est le prix de ma liberté…

Ma vie et mon combat m’ont ainsi faite et j’aime ça.

C’est un droit arraché à l’obscure prison qui nous a si longtemps enfermées et séparé-es, en toute cruauté. 

L’homme Rimbaud, dans La lettre du Voyant (mai 1871) questionnait le futur et disait :

« Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme, jusqu’ici abominable, — lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi...

La femme trouvera de l’inconnu ! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ? — Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses; nous les prendrons, nous les comprendrons. »

Aussi heureuse que douloureuse, la longue naissance de cette femme est en cours…

Elle n’a pas attendu qu’on lui donne son renvoi, elle s’est renvoyée seule, a fait un pas de côté, est partie vers un ailleurs.

«… Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ?…”

C’est là la seule question qui pourrait justifier le  féminine qualifiant cette anthologie,

emmanuelle k.